JOUR 1 — Le Frémissement

 « Avant que la lumière ne se souvienne, le monde apprit à trembler. »
Tablettes de Vor’ra, fragment IX

Illustration Fabien BOSC

Avant que le monde ne se fissure, avant que les sorcières ne lèvent les yeux vers la Lune Noire, avant même que Lyanna ne sente son nom brûler sous sa peau, il y eut un frémissement. Ce frémissement n’était pas un événement : c’était une intention. Une hésitation du réel, comme si l’univers lui‑même retenait une parole trop lourde pour être prononcée.

La terre, ce jour‑là — si l’on peut encore parler de jour — semblait retenir quelque chose. Non pas un secret, mais une tension. Une attente. Les pierres, les racines, les poussières anciennes vibraient d’une manière imperceptible pour les êtres vivants, mais parfaitement claire pour ce qui sommeillait sous elles. C’était un battement, trop lent pour être humain, trop profond pour appartenir à une créature. Un battement qui n’avait pas encore trouvé son corps.

Dans les couches les plus anciennes du monde, là où les mémoires se fossilisent en silence, quelque chose remua. Une mémoire trop ancienne pour être nommée, trop vaste pour être contenue dans un mot. Elle n’avait pas de forme, pas de visage, pas de voix. Elle n’était qu’un mouvement, un souffle, une vibration qui cherchait à se rappeler elle‑même.

Le frémissement parcourut les racines, glissa sous les montagnes, effleura les eaux stagnantes des marais oubliés. Il ne cherchait pas à être entendu. Il cherchait à être reconnu. Comme si le monde avait oublié une partie de lui‑même, et que cette partie tentait de revenir, de se réinscrire dans la matière.

Le ciel, pourtant immobile, semblait peser davantage. Les nuages, figés dans une éternité sans vent, prenaient une teinte plus lourde, comme si la lumière hésitait à traverser l’air. Rien ne bougeait, et pourtant tout vibrait. Les animaux, eux, ne comprenaient pas. Ils levaient la tête, les oreilles dressées, les pupilles dilatées, cherchant une menace qui n’avait pas encore de forme. Certains fuyaient sans savoir pourquoi. D’autres restaient immobiles, paralysés par une intuition trop ancienne pour être traduite.

Dans les profondeurs, la pulsation se fit plus nette. Elle n’était pas régulière. Elle n’était pas stable. Elle ressemblait à un cœur qui tente de se rappeler comment battre. Un cœur enfoui depuis des siècles, peut‑être des millénaires, peut‑être depuis avant la naissance du temps mesurable. Chaque battement faisait vibrer la poussière, soulevait des grains de terre, réveillait des fragments de mémoire.

Le monde, alors, sembla respirer pour la première fois depuis longtemps. Une respiration lente, hésitante, presque douloureuse. Comme si la réalité elle‑même devait s’étirer, se préparer, se renforcer pour accueillir ce qui allait venir. Car rien de ce qui existait encore n’était prêt. Rien n’était assez solide, assez vaste, assez ancien pour supporter ce qui approchait.

Le frémissement devint un souffle. Un souffle devint une pression. Une pression devint une faille. Pas une faille visible, pas une fissure dans la pierre, mais une fissure dans l’ordre des choses. Une ligne invisible qui séparait ce qui avait été de ce qui allait être.

Dans cet entre‑deux, dans cet instant suspendu, quelque chose attendait. Quelque chose qui n’avait pas encore de nom, mais qui en porterait un bientôt. Quelque chose qui n’était pas encore né, mais qui existait déjà. Une intention. Une direction. Une volonté.

Le monde, sans le savoir, venait d’entrer dans son premier battement. Le premier JOUR. Le premier souffle du Chant.

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