JOUR 7 — Kor’Vask, le Marteau des Mondes

 « Quand la terre hésite, le tonnerre décide. »
Tablettes de Vor’ra, fragment XXXI

Illustration Fabien BOSC

La brèche vibrait encore du murmure de Shæ’Lunn. Les racines, réveillées, s’étendaient comme un réseau vivant sous la surface du monde. Vor’Fábr demeurait immobile, la Couronne Fendue irradiant une lumière blanche et froide. Drath’Kor, lui, contractait l’air autour de son masque d’ombre, comme si l’abîme respirait à travers lui. Ensemble, ils formaient déjà une triade impossible : la voix, la rage, la mémoire.

Mais il manquait encore quelque chose.
Quelque chose de plus lourd.
De plus ancien.
De plus brutal.

Le monde le sentit avant de le voir.

Une vibration sourde, profonde, résonna dans les entrailles de la terre. Pas un écho. Pas un souffle. Un impact. Comme si un poing colossal avait frappé le cœur du monde. Les pierres tremblèrent. Les racines se crispèrent. Les ombres se contractèrent. Même la lumière blanche de la brèche sembla vaciller, comme si elle reconnaissait une force capable de la briser.

Puis cela recommença.
Un deuxième impact.
Plus lourd.
Plus profond.
Plus déterminé.

La terre gémit.
Le monde se courba.
La brèche s’élargit d’un sursaut.

Et alors, dans un grondement silencieux, il apparut.

Kor’Vask.

Il ne glissait pas. Il ne rampait pas. Il frappait. Chaque pas — si l’on peut appeler cela un pas — résonnait comme un marteau contre une enclume cosmique. Son masque de fer brisé émergea de la lumière comme un fragment d’armure arraché à un titan oublié. Les fissures qui le parcouraient vibraient d’une énergie sourde, comme si elles contenaient un tonnerre prêt à éclater.

Deux runes gravées sur ses tempes s’illuminèrent d’un éclat rouge et or. Elles pulsaient au rythme d’un battement qui n’était pas un cœur, mais un marteau. Un marteau qui frappait quelque chose de plus vaste que le monde. Quelque chose que seul Kor’Vask pouvait entendre.

Autour de lui, la terre réagit immédiatement.
Les pierres se soulevèrent légèrement, comme attirées par sa présence.
Les racines se tendirent, cherchant à s’enrouler autour de lui.
L’air se densifia, lourd comme du métal chauffé à blanc.

Kor’Vask posa son poing au sol.

Le monde s’arrêta.

Le choc ne fut pas sonore. Il fut structurel. Il traversa la terre comme une onde de choc, réveillant des couches de mémoire que même Shæ’Lunn n’avait pas encore touchées. Les montagnes frémirent. Les cavernes vibrèrent. Les eaux stagnantes se mirent à onduler sans vent.

Vor’Fábr inclina légèrement la tête.
Drath’Kor se redressa, comme si l’abîme reconnaissait enfin un rival.
Shæ’Lunn étendit ses racines, comme pour accueillir un frère oublié.

Kor’Vask, lui, ne regarda personne.
Il regarda le monde.
Comme s’il évaluait sa solidité.
Comme s’il jugeait s’il était prêt à être frappé.

Puis il parla.

Sa voix n’était pas une voix.
C’était un impact.
Un coup porté au réel.

« Kor’vask drun’thor… vak’ra lun’kaar. »

Les mots résonnèrent comme des marteaux frappant une enclume cosmique.

Que le tonnerre parle… que la porte s’ouvre.

À cet instant, la brèche se déchira davantage.
La lumière blanche devint presque insoutenable.
L’air vibra comme une corde tendue à l’extrême.
La terre sembla prête à se fendre.

Car Kor’Vask n’était pas seulement le battement du Chant.
Il était le marteau.
Celui qui forge.
Celui qui brise.
Celui qui décide.

Sa présence complétait la triade.
Elle la transformait en quatuor.
Elle lui donnait un poids, une densité, une force que rien ne pouvait ignorer.

Vor’Fábr ouvrait.
Drath’Kor creusait.
Shæ’Lunn tissait.
Kor’Vask frappait.

Et dans la brèche, désormais immense, quelque chose d’autre bougeait.
Quelque chose qui n’avait pas de forme.
Pas de masque.
Pas de voix.

Une ombre.

Le monde venait d’entrer dans son septième battement.
Le marteau du Chant venait de frapper.

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